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Monde: Haiti redevient une vraie destination de voyage

PORT-AU-PRINCE – Fort de sérieux arguments, le pays pointe désormais sur la carte du voyage. Inédit, original, prometteur, il vise les vacanciers en quête de routes peu fréquentées restées à l’écart des modes.

Parole de ministre: «Tous les voyants sont au vert. Après 25 années de disette, Haïti redevient une vraie destination de voyage.» Stéphanie Balmir Villedrouin, ministre trentenaire, tient la barre du tourisme haïtien. Elle dit vrai.

Des plages blanches tendues à l’infini qui valent bien celles de la République dominicaine voisine, un patrimoine historique exceptionnel (Cap-Haïtien et une vingtaine de forts dont la grandiose Citadelle), des arts florissants, peinture, sculpture, musique… des traditions vives, cérémonies vaudou et sens inné de la fête. Comme si un quart de siècle de malédictions, dictature, tremblement de terre (300.000 morts le 12 janvier 2010), épidémies, mauvais garçons et sale réputation, avait protégé l’authenticité du pays. Sous le ciel bas sourdait la braise, la créativité, la vérité d’Haïti. Les voici qui revivent.

 

  • Alcide, Yolette, Roselle

En débarquant à Port-au-Prince, capitale de 3 millions d’habitants sur les 10 millions que compte le pays, le voyageur comprend qu’il ne met pas les pieds aux Caraïbes version carte postale mais plutôt sur un coin d’Afrique flottant au large des Amériques. Foule dense, marchés colorés, architecture cabossée, embouteillages (impossible de circuler sans chauffeur local) et trottoirs envahis. À l’écart de ce chaos urbain, voici des campagnes griffées par de mauvaises routes, semées de villages d’un autre temps.

Les femmes lavent le linge au bord de la rivière, pendant que leurs hommes poussent la houe sur des terres de misère. Sur les bas-côtés, des cahutes de fortune, une épicerie, une guérite de loterie, une pharmacie, une marmite fumante. Chaque baraque a sa dédicace peinte de couleur vive «Dieu grand», «La Foi en Christ», «La jalousie rend méchant» et même, bel aveu «Si je peux lire cette phrase, c’est grâce à mes professeurs». Le tout, signé de prénoms désuets droit sortis de notre état civil des années 1900, Alcide, Yolette, Roselle, Prosper, Philomène…

Les soldats de l’ONU traversent l’image en vitesse dans un nuage de poussière au volant de leur Nissan Patrol blanche. Sans doute une urgence. Dommage qu’entre deux missions, ils ne s’attaquent pas aux démons qui bloquent l’avancée touristique d’Haïti: la fluidité de la circulation à Port-au-Prince, la sérénité des déplacements (nids de poule, absence de marquage nocturne, véhicules vétustes et bondés) et le traitement des ordures, le «fatras» comme on dit ici, abandonnées partout et n’importe où, une photo catastrophique pour la dignité du pays.

«Notre plan de développement court sur vingt ans, souligne Stéphanie Balmir Villedrouin. Réglons un problème après l’autre. Nous savons que la tâche est colossale. Heureusement, l’attractivité d’Haïti est immense. Surtout pour les Français avec lesquels nous partageons bien plus qu’une page d’histoire.» Bonne nouvelle, les grands opérateurs français ont décidé de suivre. Air France en reprenant des liaisons quotidiennes depuis Paris, Voyageurs du monde, opérateur de circuits chics à la carte et Lookéa qui propose des séjours en club pieds dans l’eau, TUI… On parle aussi d’un hôtel labellisé par le Musée du Louvre…

De Port-au-Prince à Cap-Haïtien, des plages jusqu’aux ateliers d’artisans, découverte d’un ultime secret caraïbes.

 

  • Port-au-Prince, capitale chaos

La capitale reste le passage obligé du voyageur. Images chocs, la foule, sa misère, les embouteillages, les tap-taps (taxis collectifs) débordant de passagers, les gamins qui se faufilent pour vendre de l’eau, une cigarette, Le Nouvelliste, quotidien en français fondé en 1898. Demain, il sera temps de traverser le Marché en fer, une structure façon halles de Baltard où, chaque matin, les ménagères prennent le pouls de la ville.

Puis direction le Champ-de-Mars où le palais national a été laissé à ses ruines, comme la cathédrale, spectacles poignants d’après-tremblement de terre. Visite du Musée du Panthéon national pour tout savoir sur l’histoire d’Haïti, depuis les Taïnos jusqu’à l’actuel président Martelly (Sweet Micky quand il était chanteur) en passant par l’ancre de la Santa-Maria, le bateau de Colomb débarqué ici en décembre 1492, Toussaint Louverture et Dessalines, héros de l’indépendance (1er janvier 1804). Passionnant.

Puis, viser Grand Rue. Guide indispensable pour être admis dans le cénacle, un enclos délabré percé de venelles sombres. Il abrite le collectif Atis Rezistan. Des récupérateurs de tout: pneus, jouets, ustensiles de cuisine, moteurs, pendules… desquels naissent figures et tableaux inattendus. Certains Rezistans sont cotés à l’international.

Prendre ses quartiers de sérénité à l’hôtel Montana, 45 chambres et suites, deux piscines, posé au sommet d’une colline qui domine la ville. Vue grandiose depuis la terrasse-restaurant. À partir de 140 € la chambre double, petits déjeuners compris. (Tél.: 00 509 29 40 05 84 et www.hotelmontanahaiti.com). Pour faire diversion, dîner chic à La Plantation. Un couple de Bordelais y sert depuis plusieurs décennies des assiettes de gala qui ravissent la bonne société locale. Environ 50 €, vin compris. (Tél.: 00 509 29 41 63 34).

  • Cap-Haïtien, avenir radieux

Les 500.000 Capois savent que leur ville va devenir le trésor d’Haïti. Question de temps et d’argent, beaucoup d’argent. Il faudra aménager le front de mer et la zone portuaire en promenade au grand air, restaurer les maisons historiques, leurs balcons de fer forgé et leurs façades colorées, installer restaurants intimes, ateliers d’artistes et boutique-hôtels, planter quelques palmiers royaux… Il flottera alors comme un air de Carthagène ou de Nouvelle-Orléans. En attendant, savourer sans retenue cette ville intacte, entre cathédrale et marché, de ruelles aux murs tagués en terrasses de fête. Bonne nouvelle, on s’y promène à pied en toute sérénité.

Loger à l’Auberge du Picolet, 14 chambres à l’abri d’une maison coloniale en front de mer. Ambiance intimiste chic et charme. À partir de 120 € la double. (Tél.: 00 509 34 38 63 57).

  • Un paquebot de pierre

À une trentaine de kilomètres du Cap, visite obligée de la Citadelle, le plus célèbre monument d’Haïti. Un paquebot de pierre posé à 970 m d’altitude. «Assaut du ciel ou reposoir du soleil», écrivit Aimé Césaire, impressionné. On imagine le travail titanesque qu’exigea le roi Christophe (en fait, Henri Ier) de ses 200.000 ouvriers pour construire l’édifice entre 1804 et 1820, aujourd’hui classé au patrimoine mondial par l’Unesco.

Cette forteresse devait protéger le pays contre les troupes napoléoniennes et abriter Christophe avec son armée. Outre le gigantisme de l’édifice souvent pris dans les nuages, on admire la plus grande collection au monde de canons, beaucoup sont frappés aux armes de France, d’Angleterre et d’Espagne, ainsi que les piles de boulets qui donnent idée des mœurs guerrières du XIXe siècle. Les travaux prirent fin avec le suicide du souverain. Une balle en pleine tête, elle était d’argent.

Un rude chemin mal pavé grimpe jusqu’à la Citadelle. Il exige 90 minutes de sévère sudation. Alors, après avoir payé l’entrée (10 $), ne pas hésiter à s’offrir les services d’un cheval conduit par son guide (10 $ également).

En contrebas, arrêt au palais Sans-Souci, la résidence royale. Ce vaste ensemble de bâtiments d’architecture à la française et de jardins agrémentés de statues et de colonnades, fut détruit par le tremblement de terre de 1842 et laissé en l’état. La poésie est là.

  • Noailles, Jacmel, salut l’artiste

En Haïti, l’art tient son royaume. Naïf, vif, immédiat, on dirait un cri. Peintures, sculptures, il est de chaque rue, de n’importe quel village.

La vie de Noailles, à deux pas de Port-au-Prince, bat au rythme des marteaux qui frappent la tôle, celle de gros bidons d’huile désossés, aplatis, découpés, réinventés. Chaque maison son créateur et son exposition: arbre de la vie, sirènes aux cheveux de vague, scènes bibliques, anges justes tombés du ciel… Le spectacle est réjouissant.

Au sud du pays, Jacmel, ancienne «ville lumière», elle fut la première à recevoir l’électricité, a été sévèrement touchée par les secousses de 2010. Ses artistes (peintres et sculpteurs) reprennent leur position. Par sa situation en bord de mer (jolies plages), pour ses maisons coloniales à balcon et ses nombreux ateliers, Jacmel compte bien devenir l’étape 100 % charme et arty du voyage en Haïti. Dix millions de dollars viennent de lui être alloués pour restaurer son centre historique.

  • Pieds dans le sable à Montrouis

Sable blond et palmiers penchés sur les eaux de cristal. Sur un domaine de 50 hectares à l’abri des tourments du monde, vient de rouvrir un hôtel-club de standing. C’est tout nouveau, l’enseigne française Club-Lookéa inscrit Haïti dans ses brochures et accueille ici ses fidèles au bord de l’immense plage, tout comme les amateurs de découverte prudente du pays, grâce aux nombreuses excursions proposées sur place.

Ambiance francophone, formule tout inclus, même le bar, animations pour petits et grands, deux piscines et autant de restaurants. L’immensité du site exclut la bousculade. Actuellement, prix sages (à partir de 1500 € la semaine en février) pour fêter le lancement de la maison. Noter que Lookéa reverse 10 € par client à l’association Planète Urgence qui s’engage en retour à planter dix arbres dans le sud du pays. Tél.: 0 892 020 025 et www.look-voyages.fr

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Source/Le Figaro
Photo/Le Figaro
www.anmwe.com

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