Haiti

Chavannes Jean-Baptiste Agronome, homme politique, leader du Mouvement paysan

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En Haïti, l’agriculture est en train de tomber peu à peu dans l’oubli. Après trois siècles de déforestation, la pluie ne fait plus qu’entraîner la précieuse couche arable dans la mer. La terre devient de plus en plus aride et, pour survivre, les agriculteurs n’ont d’autre solution que de brûler les derniers arbres squelettiques pour faire du charbon et le revendre.

Accentués par la déforestation, coulées de boue et glissements de terrain ravinent les pentes d’Haïti et détruisent tout sur leur passage. Les défenseurs de l’environnement du monde entier ont dépensé en vain des millions de dollars pour enrayer le processus.

Voilà pourquoi Jean-Baptiste Chavannes, agronome haïtien et fondateur du Mouvement paysan de Papaye (MPP), a choisi de combattre de l’intérieur, en s’efforçant de donner aux petits agriculteurs une raison de protéger la terre et de la considérer comme un élément essentiel de leur survie.

Ce qui lui a valu d’être pris pour cible, d’être exilé. Et il a vu le travail d’une vie anéanti par des hommes de main à la solde du gouvernement. On a détruit les vergers qu’il avait plantés et il a vu le mouvement qu’il avait contribué à créer, le parti Lavalas de l’ancien président Jean-Bertrand Aristide, prendre une orientation qu’il juge méprisable. Pourtant, il ne renonce pas. Le MPP compte 60 000 adhérents sur le plateau central aride du pays.

Cependant, l’instabilité politique de ces vingt dernières années – avec la succession ininterrompue de gouvernements aussi inefficaces les uns que les autres – a rendu presque impossible tout progrès dans quelque domaine que ce soit, y compris l’environnement. “Le Mouvement paysan de Papaye a toujours été un mouvement militant”, affirme Daniel Moss, de Grassroots International, un groupe qui a contribué à son financement. “Mais à qui peut-on adresser ses doléances, à Haïti ? C’est comme se battre contre des ombres !” ajoute-t-il.

Le lot des paysans haïtiens est aussi aride que la terre desséchée qu’ils cultivent. La population est en pleine croissance et les surfaces cultivables rétrécissent. L’irrigation est très insuffisante, rares sont les cultivateurs à détenir des titres de propriété, et le libre-échange soutenu par les Etats-Unis laisse entrer dans le pays des produits à bas prix qui empêchent l’écoulement des productions locales sur leur propre marché.

Pour Jean-Baptiste Chavannes, l’un des freins au progrès est la conception qui attribue le succès ou l’échec des récoltes à des forces surnaturelles. “Si les agriculteurs pensent que leurs cultures n’ont pas poussé parce que Dieu ne l’a pas voulu ou qu’un voisin leur a jeté un sort, à quoi peuvent bien leur servir les connaissances techniques ?” s’interroge-t-il. Il a donc entrepris un travail de longue haleine consistant à éduquer les agriculteurs et à leur apprendre à se fédérer.

Son travail se fonde sur un principe tout simple : si on leur donne un sentiment de propriété, les nécessités économiques les conduiront à préserver l’environnement. Le mouvement a pris de l’ampleur, et Chavannes a créé un organisme de crédit pour aider les cultivateurs à acheter des semences. Ils ont construit des silos à grains pour stocker leurs récoltes, échappant ainsi aux spéculateurs et aux intermédiaires. Ils ont créé une radio paysanne et perfectionné le système d’irrigation pour allonger la période de culture.

Passé maître dans l’art d’attirer les investisseurs, Jean-Baptiste Chavannes n’a pas tardé à constituer une force politique à lui tout seul. En 1991, quand Aristide a accédé pour la première fois à la présidence, il devint l’un de ses plus proches conseillers. Quatre ans plus tard, il était pressenti comme l’un des deux successeurs possibles à la présidence, avec René Préval, qui finit par l’emporter.

Au fil des ans, son engagement politique lui a attiré des inimitiés. Certains de ses détracteurs lui ont demandé pourquoi le MPP n’était pas plus agressif, pourquoi il n’organisait pas de manifestations et ne bloquait pas les routes pour exiger une réforme agraire, un minimum d’irrigation et des taxes sur les importations. “Chavannes ne laisse personne indifférent”, estime Robert Maguire, spécialiste d’Haïti à l’université Trinity de Washington, qui a financé Jean-Baptiste Chavannes. “Soit les gens sont enthousiasmés, soit ils sont rebutés.”

En 1997, il a eu une altercation en public avec Aristide, qu’il accusait, ainsi que son parti, de corruption et de violence. “Depuis cette époque, jusqu’à sa destitution, en 2004, nous avons constamment fait l’objet d’attaques”, explique Chavannes. Cela ne l’a pas empêché de faire avancer de nouveaux projets, comme la plantation d’arbres. Au cours des trente dernières années, il en aurait planté quelque 20 millions.

Oasis ombragée plantée d’arbres fruitiers, la propriété du leader paysan, nichée au milieu de ces collines desséchées, donne un aperçu de ce que pourrait être un véritable succès. Des plants soigneusement sélectionnés de benzoliv (Moringa pterygosperma) apportent des protéines à la terre. L’irrigation au goutte-à-goutte permet d’économiser l’eau, et les tomates poussent hors saison. Mais le paysage alentour reste aussi désolé que par le passé, à l’image de ces collines calcinées et ravinées par les eaux boueuses où l’on voit quelques arbres ici et là.

Le leader paysan Chavannes Jean Baptiste entend participer à la course à la présidence d’Haiti en vue, entre autres, de travailler à la souveraineté alimentaire du pays, annonce l’intéressé lors d’un rassemblement public le 1er mai dernier à Hinche (Est).

« Chacun doit pouvoir manger à sa faim », lance Jean-Baptiste sur la place Charlemagne Péralte, au centre de Hinche, au terme d’un congrès de 5 jours du parti Combite des travailleurs paysans pour la libération d’Haïti (konbit travayè peyizan pou libère ayiti / Kontrapèpla).

Lors de ce congrès, Chavannes Jean Baptiste a été officiellement désigné candidat à la présidence, selon ce qu’a annoncé le coordonnateur national du parti Kontrapèpla, l’ancien sénateur William Jeanty, devant la foule rassemblée sur la place publique.

« Le pays à trop souffert, nous avons connu trop de dirigeants qui ne se respectent pas, des gens qui n’ont aucun souci pour le bien être d’Haïti. Il est temps qu’Haïti recouvre sa souveraineté et c’est pourquoi je vous présente un leader paysan pour une Haïti toute neuve », déclare le responsable.

Archives/Alter Presse
Photo/Kontrapèpla
www.anmwe.com

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