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Haiti: Projet d’une route périphérique de 500 millions de dollars pour relier Gressier et Cabaret

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PORT-AU-PRINCE – Ces derniers jours, le président Jovenel Moïse, tel incubateur à projets, partage, annonce. Mais il y a un hic. Ses projets d’électrifier Haïti 24/24 dans 24 mois et d’octroyer une concession sur 25 ans pour la construction d’une périphérique Gressier/Cabaret à 500 millions de dollars, résistent difficilement à des questions de base quand ils ne sont pas l’objet de raillerie…

Pour ne pas passer des heures dans des bouchons de circulation entre Gressier et Port-au-Prince et pour connecter Gressier à Cabaret, le président Jovenel Moïse, généreux dans les détails, pense à une route périphérique dont la construction dépasse les 500 millions de dollars américains. « Je pense qu’il faut que Port-au-Prince ait une route périphérique, de Gressier, en passant par les mornes, jusqu’à Lafiteau, jusqu’à Cabaret. C’est une route qui coûtera beaucoup d’argent. Pendant les quatre mois de ma présidence, j’ai eu le temps de faire une étude de faisabilité technique. Le coût dépasse les 500 millions de dollars. C’est une route qui aura un taux de fréquentation de presque 30 000 véhicules par jour. C’est un business. Il n’y a qu’à mettre une station de péage pour que les gens paient. Un ou deux entrepreneurs peuvent se mettre ensemble. L’État se prépare à signer un contrat de 25 ans, comme cela se fait dans d’autres pays. C’est un BOT (Build operating transfer). L’on remettra l’œuvre à l’État après 25 ans d’exploitation », a longuement expliqué le président de la République à son retour de Miami, dimanche dernier. Il n’a pas précisé le nom de la firme qui a réalisé cette étude.

« Nous ne sommes pas au courant de ce projet », a simplement répondu un coopérant. Interrogé par le journal, un autre coopérant a souligné qu’une « concession routière s’équilibre financièrement soit par les péages associés au trafic s’ils sont suffisants, soit par des subventions, sinon… ». Les niveaux de trafics en Haïti sont très faibles. Cela compromet la rentabilité intrinsèque de ce genre de projet. Les projets de ce type ont tendance à surévaluer les projections de trafic pour faire miroiter une rentabilité. Les projections de trafics doivent donc faire l’objet d’études sérieuses et indépendantes pour protéger le risque garanti par le gouvernement », a indiqué ce coopérant.

« La mobilité dans cette agglomération est tres orientée de l’extérieur vers le centre de Port-au-Prince et la zone aéroport. Les axes principaux sont Carrefour/ centre-ville et Croix-des-Bouquets/ centre-ville, Pétion-Ville/ centre-ville par Delmas. Bourdon et Canapé-Vert viennent ensuite. Très, tres peu d’usagers contournent Port- au-Prince du nord vers le sud et vice versa, ce qui rend un contournement pas très utile et la rentabilité très improbable. La grande majorité des usagers se déplace à pied, plus de 70%, car les services de transports collectifs sont trop chers. L’enjeu est plutôt, avant de se lancer dans de grands nouveaux projets : (i) de reprendre le contrôle de l’espace public (marchands, carrefour mal dessiné, feux de circulation, trottoirs) ; limiter les implantations commerciales directement le long des grands axes pour diminuer les embouteillages et faciliter les déplacements des piétons et aménager les gares routières ( portail Léogâne, Pétion-Ville, Carrefour, Tabarre,…). Cela ne coûterait pas beaucoup d’argent et serait très efficace.

Il faut aussi « engager une réforme des services de transports pour diminuer les coûts et les rendre plus abordables pour la population avec, peut-être à terme, un transport bus rapide en site propre sur l’axe Carrefour/ Croix des Bouquets. Il faut investir dans des artères urbaines structurantes pour accompagner le développement anarchique de l’urbanisation dans la Plaine du Cul de Sac, Canaan et Carrefour tant que c’est encore possible tout en élaborant un plan de déplacement urbain. Bref, ces 500 millions pourraient être utilisés de manière plus utile et efficace pour résoudre les nombreux problèmes de mobilité dans la ville et rendre cette mobilité abordable pour les plus pauvres et pas seulement les usagers motorisés, a longuement expliqué ce coopérant.

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Source/Le Nouvelliste
Photo/Archives
www.anmwe.com

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