Funeraille

Haiti: Funérailles de l’anthropologue, mambo et fille du regreté Ati national Max Beauvoir

PORT-AU-PRINCE – Décédée le vendredi 5 janvier 2018, les funérailles de l’anthropologue et mambo Rachel Beauvoir-Dominique ont été chantées dans le respect du rituel du vaudou, le mardi 9 janvier 2018, dans les jardins de sa résidence au pérystile de Mariani. Différentes personnalités haïtiennes et étrangères ont salué la mémoire de l’unique héritière du feu ati Max Gesner Beauvoir, qui avait le courage de s’afficher ouvertement comme défenseuse vigilante de cette religion populaire en Haïti.

Très connue pour son parcours magistral, son engagement à la cause de la culture et son attachement aux valeurs et traditions haïtiennes, la professeure Rachel Beauvoir-Dominique, anthropologue et prêtresse vaudou, a reçu de vibrants hommages des personnalités d’horizons divers lors de ses funérailles, qui se sont déroulées dans les jardins de sa résidence à Mariani, en présence de membres du gouvernement, des proches de la défunte, des responsables du vaudou en Haïti, des représentants de la communauté internationale, des membres de l’académie du Créole haïtien, des responsables de la plateforme Religions pour la paix, entre autres. Parmi lesquels on peut citer Liliane Pierre-Paul, Ginette Chérubin, Frantz Verella, Colette Pérodin Jérome, Marie Michèle Rey, Michèle Duvivier Pierre-Louis, Lorraine Mangonès et bien d’autres personnalités.

Affligé par la disparition subite de sa femme, Didier Dominique, qui ne pouvait pas retenir ses larmes et trouver les mots pour exprimer son chagrin, confie qu’il aurait souhaité être à la place de son épouse longée dans ce cercueil. « Ce serait mieux que je sois à sa place, car elle aurait l’occasion de continuer son combat. Malgré qu’on a fait le nécessaire pour lui sauver la vie, elle nous a quittés», a-t-il témoigné.

Interrogée par le journal, Marie Laurence Jocelyn Lassègue estime que la contribution de Rachel Beauvoir-Dominique a été très appréciée par la communauté scientifique haïtienne, tant pour ses conseils, ses documents qu’elle partageait avec nous que pour sa contribution intellectuelle. « Elle a beaucoup fait. L’héritage qu’elle a légué est immense. Nous ne pleurons pas son absence, mais nous nous réjouissons de toutes les générations d’hommes et de femmes qu’elle a formées. Que son départ puisse alimenter la réunification de cette culture qu’est la nôtre», a préconisé Marie Laurence Jocelyn Lassègue.

Limond Toussaint, ministre de la Culture, a fait savoir qu’avec le décès de Rachel Beauvoir-Dominique, la culture haïtienne perd une militante hors norme. Pour lui, la défunte a été très active dans le milieu académique et la vie culturelle du pays pour avoir d’une part enseigné, pendant plusieurs années, à l’Université d’Etat d’Haïti et d’autre part, contribué à enrichir la littérature sur le vaudou haïtien ou encore œuvré à la préservation des traditions culturelles d’Haïti. « Je salue l’engagement et la passion dont Rachel Beauvoir-Dominique avait toujours fait montre au cours de ses différentes initiatives dans le secteur culturel haïtien», a dit Limond Toussaint.

D’après l’ancien Premier ministre Evans Paul, sa présence aux funérailles est un signe de respect pour Rachel Beauvoir-Dominique et sa contribution à l’enseignement supérieur en Haïti et à travers le monde. « Je suis là pour honorer sa mémoire pour son engagement et sa militance dans la lutte pour promotion du vaudou car elle a laissé un message, une leçon.»

Quant à l’artiste James Germain, il se dit très attristé par le départ de Rachel Beauvoir-Dominique. «Elle était une personne que j’aimais beaucoup. Elle m’aimait énormément. Elle aimait beaucoup son pays et sa culture. Sa disparition est une perte immense pour Haïti. Elle était une battante qui luttait pour réhausser la culture haïtienne, particulièrement le vaudou.»
Pour sa part, le professeur Anthony Barbier, ancien secrétaire général du palais national sous la présidence de Jocelerme Privert, a confié que le départ de l’anthropologue est une grande perte pour le pays. « Elle était une vaudouisante engagée, qui s’est battue pour promouvoir cette culture dans le pays. Sa mort a pu réunir le reste des intellectuels du pays.»
Pour le journaliste Hérold Jean-François, Rachel Beauvoir Dominique fut une grande chercheuse sur le vaudou, surtout avec son mari Didier Dominique avec qui elle a contribué à mettre en valeur le vaudou. « C’est dommage qu’elle soit partie aussi jeune», a-t-il expliqué.

Anthony Pascal, mieux connu sous le nom de Konpè Filo, a déclaré que l’on meurt à tout âge. « Il se pourrait bien que sa mission arrive à terme. C’est une grande perte que l’on ne peut pas nier. C’est ainsi la vie. Elle n’est pas morte car son corps est une source d’alimentation pour d’autres car rien ne se perd, rien ne se créé, tout se transforme», a indiqué le journaliste.

Collaborateur de Rachel Beauvoir-Dominique, le professeur Dominique Domerçant confie que sa relation avec elle date depuis la publication de l’ouvrage autour de l’ancienne cathédrale de Port-au-Prince. Par la suite, elle devient son professeur du cours «Vaudou et société», à l’ethnologie. «La collaboration s’est amplifiée au sein du comité national de l’année Jacques Roumain au cours de laquelle j’ai participé à la constitution de la mémoire de Jacques Roumain et dans l’organisation d’exposition au Musée du panthéon national haïtien. Autant dire, j’ai appris beaucoup de cette grande dame. J’ai reçu beaucoup d’elle et j’ai perdu beaucoup avec sa disparition. Ce que j’ai gardé d’elle en souvenir depuis sa mort, c’est sa simplicité, son humilité et son désir de partager ses expériences et son savoir avec les plus jeunes. Grâce à elle, j’ai pu rencontrer et échanger avec un important groupe d’initiés et des chercheurs haïtiens et étrangers évoluant dans le secteur vaudou, notamment Claudine Michel, Kate Ramsey et Patrick Bellegarde-Smith», dit Dominique Domerçant, soulignant qu’en octobre 2017, la scientifique l’avait invité à participer à la 20e édition des congrès de Santa Barbara (KOSANBA) à Nouvelle-Orléans aux États-Unis d’Amérique.

A en croire l’anthropologue Louise Carmelle Bijoux, la disparition de Rachel Beauvoir-Dominique est une perte énorme pour la culture haïtienne dans son ensemble, et pour la pensée ethnologique en particulier. Selon Louise Carmelle Bijoux, Rachel Beauvoir-Dominique a contribué au renforcement d’une pensée ethnologique forte en Haïti tant dans le milieu culturel que dans le milieu scientifique. Sa contribution a permis à des générations d’étudiants de la faculté d’Éthnologie d’accéder à des fondamentaux par son cours d’« Introduction à l’anthropologie » ; ce cours leur a permis d’appliquer ses fondamentaux à un domaine important du social à travers le cours d’« Anthropologie de la Santé » ; il leur a permis de saisir le poids de l’imaginaire vodou dans la société haïtienne par le cours intitulé « Vodou et Société ».

Pour le professeur Camille Charlmers, la professeure Rachel Beauvoir-Dominique a produit un nouveau paradigme du savoir anthropologique en Haïti auquel les savants haïtiens, les spécialistes étrangers et ceux de la diaspora haïtienne dans les champs multiples des études haïtiennes pourraient utiliser. Cette militante marxiste qui a compris la lutte sociale à œuvrer pleinement à reconstruction collective de l’identité haïtienne. Cette figure importante du monde universitaire était aussi une personne généreuse, tendre et sensible. Elle était toujours disposée à travailler en équipe. Elle est un modèle inspirant pour les jeunes.

D’après Maryse Pennette-Kedar, le départ de cette femme engagée, qui a également travaillé avec l’Institut national du patrimoine national (ISPAN) et récipiendaire de la Médaille Jean Price-Mars, de l’Université d’État d’Haïti est une immense perte pour Haïti. « Sa disparition est un manque car elle était active dans plusieurs fondations dédiées à la préservation des traditions culturelles d’Haïti.»

Frantz Voltaire, directeur des Editions du Centre international de documentation et d’Information haïtienne, caribéenne et afro-canadienne (CIDIHCA), fondées en 1983, à Montréal, qui ont publié en 2003 l’ouvrage Savalou E, de Rachel Beauvoir-Dominique et son mari Didier Dominique est une grande anthropologue et une militante des droits humains.

De son côté, Jean Andrenord Lundy, Ati du département du Sud-Est, Rachel Beauvoir-Dominique était malade. Elle n’est pas morte. « Elle n’est pas morte. Au contraire est traversée pour se rendre à Allada. Après une année et un jour, elle se relèvera pour parler et se transformera comme une loas pour nous parler, nous guider et nous protéger. Dans le vaudou personne n’est morte. Nous sommes traversée pour transformer la terre afin que de meilleurs fruits puissent sortir de la terre», a-t-il soutenu.

Dans une note rendue publique, le décanat de la Faculté d’ethnologie indique c’est avec une profonde tristesse – qu’il leur est difficile de surmonter encore aujourd’hui – en associant sa voix aux différentes instances de l’Université d’Etat d’Haïti, le Rectorat et la Faculté des Sciences Humaines (FASCH), en particulier, pour rendre un vibrant hommage à leur collègue Rachel Beauvoir-Dominique qui est partie le vendredi 5 janvier 2017. « Nous saluons l’engagement total de Rachel Beauvoir-Dominique en tant que Citoyenne et Académique. Nous tenons à mettre l’accent sur l’aspect académique de cet engagement au sein de notre communauté universitaire dans sa triple dimension professorale, scientifique et de responsable de département. Le lien intrinsèque entre cet aspect académique et l’aspect politique ou citoyen de cet engagement demeurera tout de même évident», lit-on dans la note.

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Source/Le Nouvelliste
Photo/Le Nouvelliste
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