Haiti

Haïti: 66% des zones construites à Port-au-Prince sont exposées aux risques sismiques

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PORT-AU-PRINCE – Haïti est le troisième pays le plus urbanisé dans l’Amérique latine et les Caraïbes, selon le dernier rapport de la Banque mondiale intitulé « Les villes haïtiennes : des actions pour aujourd’hui avec un regard sur demain ». Cette urbanisation ne s’accompagne pas cependant de croissance économique.

Les statistiques de cette revue d’urbanisation révèlent plutôt que les zones urbaines de grande densité sont exposées à de forts risques sismiques, d’inondation et d’érosion, pendant que les municipalités, en proie à moult défis notamment de financement, ont une marge de manœuvre réduite. Les ressources limitées des administrations municipales entravent leur capacité à fournir des services.

« Haïti est passée du taux d‘urbanisation de 30% dans les années 1996 à 60% aujourd’hui. Plus d’une personne sur deux vivent en ville. Port-au-Prince à elle seule absorbe 50% de cette population urbaine. Le Cap-Haïtien avec 36% et les Gonaïves avec 5% sont entre autres villes qui se partagent le reste de la population urbaine », selon cette étude de la banque mondiale, présentée mardi à l’hôtel Montana.

Dans ce rapport consacré aux défis que doivent relever les villes haïtiennes en matière d’accès aux services de base, d’aménagement du territoire et d’exposition aux catastrophes naturelles, Haïti devient le troisième pays de la zone le plus urbanisé. S’il y a normalement une relation positive entre l’urbanisation et la croissance économique, on constate que ces deux phénomènes ne vont pas de pair. « Cette opportunité, Haïti n’en a pas profité pleinement », a indiqué Sameh Wahba, directeur du département développement social urbain, rural et résilience de la Banque mondiale.

La raison ? Des décisions qu’on n’a jamais prises, des gouvernements locaux en proie à des défis majeurs. « Ceci est l’un des objectifs qui nous a amenés à préparer cette revue d’urbanisation afin d’essayer d’identifier quelles pourraient être les recommandations, les réformes, en matière de politiques et d’investissements capables de garantir que l’urbanisation peut accompagner le développement économique qu’elle entraîne normalement », a expliqué Sameh Wahba qui présentait le rapport aux bailleurs et à certains fonctionnaires de l’État.

L’urbanisation a explosé entre 2000 et 2015

Selon le rapport, « la croissance du tissu urbain s’est accélérée entre 2000 et 2015 ». Mais cette urbanisation ne s’est pas faite sans risque. Pendant cette période, la croissance urbaine a accéléré, dans un contexte de haute exposition aux risques de catastrophes naturelles. « Presque la totalité du territoire d’Haïti est exposée à des risques sismique qualifiés de risques moyens à risques élevés. 97% du territoire est exposé à es risques sismiques », a précisé le chargé du développement urbain et territorial de la Banque mondiale.

« Si on regarde les risques d’inondation, c’est 58% des zones construites qui sont exposées, et 44, 2 % d’entre elles aux risques d’érosion. Au total, dans les cas d’inondation, parmi les 400km2 de superficie urbaine, il y a plus de 200km2 qui sont exposés aux risques d’inondation » a précisé Samuel Wahba, ajoutant qu’entre 2000 et 2015, le total des personnes concernées par des risques d’érosion grave a augmenté à 1,12 million. En ce qui concerne l’inondation, elle est passée de 2,6 à 2,9 millions. La moitié de glissements de terrain a eu lieu dans les zones de densité de population intermédiaire ou élevée.

Port-au-Prince, 66% des zones construites sont exposées aux risques

Les risques de catastrophes naturelles qui dominent sur Port-au-Prince sont le tremblement de terre, l’inondation et l’érosion. « 66% des zones construites à Port-au-Prince sont exposées aux risques sismiques élevés et 1/3 des surfaces bâties risque d’être inondé comparé seulement à 13% dans la plus grande partie de la région », a avancé le directeur.

Selon l’expert, la manière dont Haïti s’urbanise conduit à une exposition élevée aux risques naturels. Un peu plus de la moitié du produit intérieur brut (PIB (56%) est liée à des régions qui sont soumises à de plus en plus de risques naturels.

Les catastrophes naturelles coûtent environ 2% du PIB chaque année au pays. « C’est un prix très élevé », a-t-il soutenu, expliquant qu’il y a 93% de la superficie du pays et 96% de la population qui sont soumises aux risques de catastrophes naturelles.

Marge de manœuvre des municipalités réduites

Il y a des défis importants en matière de financement des collectivités locales, a signalé M. Wahba.

En matière de financement local, les gouvernements locaux n’ont que trois sources principales de recettes : les transferts de l’État à travers le Fonds de gestion des collectivités territoriales (plus grande source de recettes), les taxes qui sont collectées par la Direction générale des impôts (DGI) et les droits et les redevances collectés directement par les municipalités.

Les municipalités dépendent en grande partie des transferts de l’État et des recettes collectées par l’État. 60% des recettes des mairies proviennent de l’État, 36% sont des taxes collectés par la DGI pour le compte des communes et seulement 3, 7% sont collectées par les collectivités locales. « Actuellement, les ressources limitées dont disposent les administrations municipales entravent lourdement leur capacité à planifier l’aménagement urbain, fournir des services et assurer la connectivité, a souligné le rapport. La croissance géographique et démographique des villes s’accompagne de la difficulté de financer un développement urbain durable et inclusif. »

Pour relever ce défi, il faut consolider le système financier des municipalités afin de renforcer leurs capacités et leurs processus de reddition des comptes, et élargir leurs sources de financement tout en mobilisant le levier des recettes locales.

L’urbanisation en matière d’accès aux services

L’urbanisation ne s’est pas accompagnée d’un accès de service. Un tiers de la population n’a pas accès à l’eau potable et 2/3 n’ont pas accès aux réseaux d’assainissement. « C’est un défi dont l’urbanisation a besoin de surmonter », a critiqué M. Wahba, soulignant que parmi d’autre défis, une grande partie est liée à la problématique du foncier. Le fonctionnement du marché foncier est inefficace et fait face à moults difficultés.

« Les indicateurs de l’accès au foncier en Haïti, dans les études de l’environnement des affaires, indique un score très bas en ce qui concerne l’efficience du régime du foncier. La clarté des droits de propriété et la facilité de l’accès au foncier entre autres… sont en grande partie responsables des entraves au fonctionnement efficace de la croissance urbaine », a-t-il précisé avant d’ajouter qu’on a vraiment beaucoup à faire.

La connectivité et l’accessibilité autres défis

Les conditions de travail et d’accès aux opportunités économiques deviennent de plus en plus difficiles. Aujourd’hui, l’insuffisance des liaisons de transport à l’intérieur des villes haïtiennes limite l’accès aux emplois et aux débouchés économiques. De fait, 60 % des ménages n’utilisent aucun moyen de transport motorisé et les transports publics dans les zones urbaines restent inabordables pour un grand nombre d’habitants. C’est pourquoi l’amélioration de l’efficacité et du coût des transports publics, de même que le renforcement de la coordination entre aménagement du territoire et systèmes de transport doivent constituer des priorités essentielles pour améliorer l’accès aux opportunités économiques.

« Pour renforcer la résilience des zones urbaines, il est donc essentiel de comprendre la vulnérabilité du réseau de transport à des catastrophes naturelles de faible ampleur », ont recommandé les experts en urbanisation et des économistes.

Entre autres recommandations

« En ce qui concerne le financement, il faut consolider, harmoniser, et mettre en vigueur le cadre réglementaire et juridique du financement municipal. On doit aussi renforcer le système qui régit le financement municipal et élargir les opportunités de financement.
En ce qui a trait à la planification, à court terme, il faut réduire les déficits en matière de services sociaux de base. A moyen terme, il faut exploiter les informations pour faciliter un processus de décision coordonnée.

A long terme, on doit prévoir le renforcement du fonctionnement du marché foncier à travers un renforcement des droits de propriété et de la promotion de réforme pour une meilleure gouvernance.

Construire des villes résilientes et durables doit être une priorité pour promouvoir l’accès de tous aux opportunités. L’urgence aujourd’hui est de répondre à la demande croissante de services et d’emplois, mais aussi de transports et de logements abordables dans les villes », a indiqué Anabela Abreu, directrice des opérations de la Banque mondiale pour Haïti.

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Source/Le Nouvelliste
Photo/Archives
www.anmwe.com

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